Cameroun – Hôpitaux publics : les difficultés que rencontrent les mesures de Mama Fouda

Depuis les nouvelles directives que le ministre a données sur la prise en charge, l’accueil, l’accès et la sécurité dans les hôpitaux publics, la réalité sur le terrain est dure. Déclaration d’un collectif de médecins.

 

Le secteur de la santé au Cameroun a connu au cours des mois derniers, un ensemble d’évènements malheureux qui relevaient ainsi les tares et les limites de ce secteur capital dans la survie et l’équilibre des populations. Et comme réponse, André Mama Fouda, ministre de la Santé Publique a pris un certain nombre de mesures. En effet, il s’agit précisément de la prise en charge immédiate et sans condition des cas d’urgence.  Au niveau de l’accueil, il est désormais exigé à l’ensemble du personnel de santé, le port obligatoire des badges d’identification.  Les nouvelles mesures recommandent également qu’au niveau de la prise en charge, la présence permanente et obligatoire du personnel dans tous les services des hôpitaux et notamment sur le plan de l’accès et la sécurité, toutes les personnes qui accèdent à une formation sanitaire, devraient être identifiées. Si l’ensemble de toutes ces mesures concourent à l’amélioration du service et le changement du mode de fonctionnement des hôpitaux publics, on note par ailleurs que le chemin est encore long.

Les insuffisances du plateau technique et le mauvais traitement salarial

Nous sommes à l’hôpital de garnison militaire de Bonanjo ce vendredi 6 mai 2016. D’ailleurs dans ce centre hospitalier, la discipline est la règle d’or. Tout commence à l’entrée. Pas possible d’y accéder sans être identifié.  Surtout ce jour de grande affluence où on assistance à des levées de corps. Ici plusieurs hommes en tenue filtrent le passage, il faut montrer patte blanche pour y avoir accès et de même, aucune camera n’est admise dans l’enceinte dudit hôpital. Et c’est la raison pour laquelle un jeune technicien en vidéo qui devait filmer une levée de corps, va devoir choisir entre laisser son appareil avant d’entrer à l’hôpital ou simplement faire demi-tour. D’autres usagers qui n’ont pas de sacs, doivent simplement présenter leur carte d’identité. A l’intérieur du centre, on peut également identifier le personnel à partir de leurs uniformes et aussi des badges professionnels qu’ils arborent. Si dans cet hôpital militaire tout semble correct, cette démarche n’est pas partagée. A l’hôpital Laquintinie par exemple, l’identification des personnes qui y accèdent malgré la présence des agents de sécurité à l’entrée n’est pas la règle d’or. Ici la principale préoccupation réside au niveau de l’une des vieilles prescriptions, « ne pas accéder avec un grand sceau ou un sac ».

Au service de consultation externe, l’accueil où tout commence, peine à porter la nouvelle robe. Les infirmières qui sont ici n’affichent pas le sourire des grands jours, comme quoi, « les habitudes ont la peau dure ».  Mais il faut le dire, certains savent que le secteur est désormais sous le feu des projecteurs et par conséquent très sensible et il faut faire attention. « Nous voulons que cette image qu’ont désormais les gens change et que la sérénité revienne. C’est le travail que nous avons choisi et nous le faisons jusqu’ici avec amour », confie une infirmière sous cape. Mais si ceux-ci dans l’ensemble veulent aussi que les choses changent, il reste que beaucoup d’irrégularités indépendamment de leur volonté vont continuer d’handicaper ce secteur. On note entre autres, l’insuffisance du plateau technique et le mauvais traitement salarial du personnel soignant, qui obligent par ailleurs les médecins à faire des piges dans le privé. Conséquence directe, « pas très présents dans les hôpitaux publics ».

La sortie de l’association des médecins du Cameroun

C’est d’ailleurs l’une des causes de la sortie de l’association des médecins du Cameroun (MedCamer). Soucieux de l’amélioration du système de santé en général et du fonctionnement des hôpitaux, écrivent ces derniers, ils ont résumé dans un manifeste le vécu des médecins exerçant dans les formations sanitaires au Cameroun. « Notre système de santé vit une crise dramatique qui affecte nos vies, nos corps, nos âmes et notre honneur. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants meurent chaque jour dans les formations sanitaires de notre pays faute de subvenir aux coûts de leurs soins. Nous assistons à une récurrence de dysfonctionnements criards, signe qu’il est temps d’effectuer une réforme parce que le poids de ces défaillances est endossé par tout le personnel soignant avec un stoïcisme poussé aux limites du supportable… », Peut-on lire dans ce communiqué signé du Dr Massango Massango, secrétaire général de cette association qui regroupe des médecins Camerounais exerçant au Cameroun et ailleurs.  De même, il ressort de cette correspondance que la détérioration de la qualité des soins, les décès liés aux questions financières, d’infrastructures ou d’équipements restent une réalité au Cameroun. Y allant ces médecins qui sont aujourd’hui au centre des stigmatisations, refusent de porter la responsabilité d’une politique de santé publique dont ils ne sont pas les seuls décisionnaires des orientations stratégiques, dénoncent également la timide régulation du secteur, la condition matérielle inique du personnel soignant, la faible rétribution de celui-ci. En s’insurgeant également contre la mise à l’écart des principaux acteurs de la santé lors des débats institutionnels et des processus décisionnaires concernant la santé générale, le collectif propose une médecine de qualité égale pour tous et d’une sécurité sociale solidaire à l’échelle nationale, et une nécessité de soigner les malades dans les conditions décentes. Des améliorations sans lesquelles certainement, les nouvelles mesures du ministre de la santé Publique ne sauraient booster le perfectionnement du système de santé au Cameroun.

Source : © La Nouvelle Expression

Par Lucienne Wouassi

 

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