Cameroun – Dérive: Le Sénat emploie des jeunes au noir

Depuis sa mise en place il y a trois ans, la Chambre haute du parlement camerounais utilise une centaine d’employés, sans statut et sans contrat de travail.

C’est la Chambre haute du parlement camerounais, mais on y travaille au noir. Sans contrat de travail, sans couverture sociale, sans statut, c’est la situation dans laquelle se trouve une centaine de personnels du Sénat depuis sa mise en place en 2013. « Nous sommes inquiets, parce que la session parlementaire de mars approche, et nous ne savons toujours pas le sort qui nous est réservé par l’administration du Sénat. Et pourtant, en septembre 2015, le sénateur Paul Tchatchouang avait indiqué que le bureau du Sénat allait recruter 100 jeunes avant la prochaine session [novembre 2015] », raconte une source au Sénat.

Une autre ajoute : « On n'a pas de salaire, mais une prime que nous paie le secrétariat général. 237online.com Entre le 1er et le 5 du mois, on nous remet une fiche qui porte le sceau du secrétariat général, et puis, on va chez l’agent comptable pour être payé ». Un autre employé raconte que même les « allocations de collaboration » à ces employés sont à tête chercheuse. « Ici, un gars qui a même le Bepc ou le Cap peut gagner plus que celui qui possède un master ou un doctorat. Celui qui a le Bepc touche 125 000 FCFA et celui qui a bac + 5 gagne entre 100 et 115 000 FCFA », témoigne une source fiable. Qui indique que la conséquence de cette gestion hasardeuse du personnel impacte aussi sur la qualité du travail. « Il y a une sorte de démotivation.

Les gens viennent juste le matin pour venir pointer dans le registre et rentre à midi, parce qu’il n’y a rien à faire. Par ailleurs, il y a beaucoup de personnes qui ont plus de 30 ans et qui ne peuvent plus présenter de concours à cause de la limite d’âge. Et donc, elles sont un peu condamnées à rester là sans regimber », révèle une source proche du dossier. Le personnel a-t-il jamais effectué une démarche pour attirer l’attention de l’administration sur sa situation ? A cette interrogation, un employé répond: « On n'a jamais saisi le secrétaire général. Sur quelle base ? Quelle légitimité ? On est dans une maison politique, on a peur. On ne sait pas qui est qui », raisonne une employée.

Elle ajoute : « Mais, on espère que le fait d’avoir parmi nous des parents des sénateurs va accélérer le processus ». Son collègue, moins optimiste, explique que la rémunération du personnel du sénat inscrite dans la rubrique « salaire et nomination » a connu des coupes, puisque le budget de l’institution est passé de 15,3 milliards de FCFA 14,9 milliards de FCFA. Autre raison qui pousse le personnel du Sénat à déserter le lieu de service : l’absence de locaux.

En effet, le Sénat squatte actuellement le 5è, 7è et 8è étage de l’immeuble de l’Agence de régulation des marchés publics (Armp), sise au quartier Dragages à Yaoundé. Le 19 août 2015, la direction générale du palais des Congrès avait servi une sommation à quitter les lieux sous 48 heures au secrétariat général, chapeauté par Meva’a m’Eboutou. Et pourtant, lors de la session de mars 2014, Marcel Niat Njifenji, président du Sénat, indiquait qu'"en attendant la construction projetée de notre immeuble siège à la mesure et à la dimension de notre institution, le secrétaire général et moi-même, suivons plusieurs pistes, auprès du gouvernement et des opérateurs privés pour trouver un bâtiment qui puisse provisoirement loger tous les services du Sénat. Des solutions sont en vue.

Une fois installés dans les locaux plus spacieux, nous procéderons alors au recrutement du personnel nécessaire pour donner au Sénat toute la lisibilité attendue aux plans institutionnel et politique». Deux ans plus tard, statu quo.

Sylvain Andzongo

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