Au Cameroun, l’armée utilise des drones pour combattre Boko Haram

Un calme glaçant règne dans le camp militaire d’Ashigashiya, petite localité camerounaise située à moins d’un kilomètre de la frontière avec le Nigeria. Les moteurs des camions stationnés devant l’enceinte se sont tus, comme s’ils n’avaient jamais servi. Aucun bruit de sabot ne vient rompre l’ambiance d’outre-tombe dans l’un des postes de commande du camp.

Tous les regards sont portés sur deux jeunes soldats, casques vissés sur la tête et gilets pare-balles sur la poitrine. L’un tient une manette de télécommande reliée à un smartphone. L’autre, une feuille de format A4 sur laquelle sont dessinés des drones. Devant eux, sur le sol, un petit objet en plastique de la forme d’un avion. Les deux militaires se concertent à voix basse. Puis, tout d’un coup, un ronflement semblable au bourdonnement d’une abeille se fait entendre. C’est le petit appareil qui s’élance avant de disparaître dans le ciel quelques minutes plus tard.

Un sourire satisfait illumine le visage des deux soldats de l’armée camerounaise qui reportent aussitôt leur attention sur le petit écran tactile. Leur télécommande et leur smartphone servent en réalité de tour de contrôle pour suivre l’évolution du drone. Cinq minutes plus tard, un nouveau bourdonnement. Le petit engin volant revient se poser, pas à l’endroit de départ, mais quelques mètres plus loin.

« Réduire l’effort humain »

Depuis le début des exactions de Boko Haram au Cameroun en 2014, l’armée a subi 336 attaques du groupe islamiste nigérian, selon des sources sécuritaires dans la région de l’Extrême-Nord. Plus de deux tiers de ces attaques seraient des attentats-suicides et des incidents dus à la pose d’engins explosifs. Pour faire face à ces combattants parfois « invisibles » et surveiller sa frontière terrestre Nord avec le Nigeria, longue de près de 400 kilomètres, l’armée camerounaise a donc opté pour l’utilisation des drones.

« Cela permet de réduire l’effort humain. Il s’agit d’une précaution supplémentaire », explique le colonel Didier Badjeck, qui a aussi suivi l’évolution du drone dans les airs. Pour des raisons de sécurité, le porte-parole du ministère de la défense n’indique pas la date exacte du début de l’utilisation de ces véhicules aériens sans pilote humain. Il ne souhaite pas non plus s’étendre sur leur efficacité réelle, encore moins sur le nombre de drones dont dispose l’armée camerounaise. Il confie seulement qu’une fois envoyés dans le ciel, les engins balaient un rayon « entre deux et trois kilomètres ».

La ville de Kolofata est située à une cinquantaine de kilomètres du Nigeria. Elle abrite une importante base du Bataillon d’intervention rapide (BIR, unité d’élite de l’armée camerounaise). Pourtant Kolofata est depuis juillet 2014 la cible d’attaques répétées des terroristes de Boko Haram, qui n’hésitent pas à viser le camp du BIR. Le 15 janvier 2015, les forces du BIR ont réussi à repousser une attaque d’envergure menée par des colonnes de djihadistes estimées à au moins 500 personnes. « La météo était très mauvaise et on n’y voyait pas à 10 mètres. Ils ont attaqué la base dans toutes ses directions. Mais nous les avons éloignés », se souvient le lieutenant-colonel Félix Tétcha, commandant de la base.

L’aide cruciale des populations

Un an après cette attaque, le lieutenant-colonel Tétcha assure qu’avec les moyens technologiques déployés par l’armée camerounaise, parmi lesquelles l’utilisation des drones, les attaques armées sont « facilement détectées à distance ». « Mais le renseignement fourni par la population est capital », ajoute l’officier.

Le général Jacob Kodji, l’un des responsables chargé de la coordination des armées camerounaise et nigériane dans la lutte contre Boko Haram, estime que l’utilisation de drones a permis d’affaiblir considérablement le groupe terroriste. « Leur fief de Kumshe a déjà été nettoyé », affirme l’officier supérieur, faisant allusion au pilonnage des positions de Boko Haram dans cette localité le long de la frontière avec le Nigeria, le 23 février.

L’opération au cours de laquelle 20 membres présumés de Boko Haram ont été tués ainsi que de l’armement lourd détruit, avait été menée conjointement par les forces armées camerounaises et nigérianes. Là aussi, affirment les militaires, les drones avaient été d’une aide cruciale. Malgré ces avancées, les populations de la région continuent de payer un lourd tribut. L’on estime à 18 000 le nombre de personnes tuées lors d’attentats perpétrés par Boko Haram depuis 2009.

Les deux soldats du camp d’Ashigashiya ont toujours un le sourire aux lèvres depuis le retour du ciel de leur petit appareil. Sans doute a-t-il ramené des informations utiles pour la suite de leur mission.

Camer.be

 
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