Appel à candidature de Paul Biya : L’insulte des pontes du régime

Dans une contribution citoyenne aux relents de coup de gueule face à la duperie d’un Parti-Etat appelé RDPC, Adamou YOUMO KOUPIT, Membre du Bureau Politique de l’UDC, rappelle la notion d’Elu de la Nation qui se confond en privilège exagéré et insultant traduit dans le comportement de plusieurs camerounais à qui le Chef de l’Etat a gracieusement offert un strapontin.

LA REPUBLIQUE DES PILLEURS OFFICIELS

J’ai passé la journée de Dimanche 21/02/2016 à Bafia pour une contrainte familiale et mon retour à Yaoundé dans l’après-midi, a été l’occasion de mesurer combien la notion de l’Etat-Parti met nos acteurs institutionnels dans la posture de Pilleurs officiels de la République.

En effet M. NIAT NJIFENDI Marcel, Président du Sénat et donc la 2ème Haute Personnalité de la République selon notre Constitution, rentrait triomphalement de la grande messe politicarde qu’il a convoquée et présidée dans son Ouest natal pour appeler le Pr�sident National du RDPC,  à se porter Candidat et d’anticiper l’élection présidentielle.

Pour un meeting politique d’un Parti œuvrant dans un système multipartiste, on se serait attendu à ce que Monsieur Niat soit conduit dans une de ses multiples voitures privées ou tout au plus, dans celle privée de son Association politique que non.
 
Bien installé et escorté dans la Voiture immatriculée PSENT (C’est-à-dire la voiture de service du Président du Sénat), au milieu d’une flopée de Véhicules de luxe du Sénat immatriculés comme tels, et une cohorte d’autres véhicules immatriculés CA, le très long cortège du Président du Sénat avec en tête une sirène qui alarmait la ville au passage pour que nulle n’en ignore,  a failli propulser  le Coster de l’Agence de Voiture qui transportait les pauvres citoyens sans valeur que nous sommes. Quand je dis nous, c’est au moins 95 e notre population qui se reconnaissent dans cette condition au quotidien.
 
Ainsi, la République Exemplaire prônée par le Président, c'est-à-dire une République de droit où nul n’est au dessus de la loi et où personne ne peut user impunément des biens publics pour ses affaires privées, n’engage que ceux qui croient encore aux « grands mots » du Président.  Le Cameroun que veut maintenir le Renouveau à travers les appels à Candidature, c’est bien celui où la loi c’est pour les uns, c'est-à-dire les sans godasses que nous sommes, et non pour les autres, c'est-à-dire la minorité des initiés qui font partie du cercle des privilégiés. C’est une République où lorsqu’on vous nomme et vous confie une charge publique, ce n’est nullement pour servir la nation dans le respect  des règles de l’art, dans le respect de ce qui appartient à tous les citoyens dans le sens de la Respublica, le Bien Commun, mais c’est plutôt pour vous en servir à volonté car l’institution dont on vous confie la charge, n’est que votre part de gâteau donnée en compensation de votre fidélité, votre allégeance et votre soutien inconditionnel au Prince à la limite déifié pour sa gloire personnelle et nullement pour le travail productif.

Si le RDPC ne se confirmait pas comme Parti-Etat comment ses pontes expliqueraient –ils cet état de choses ?

Pour toutes ces messes qui se tiennent par région, et ensuite par département, ce ne sont que les Membres du Gouvernement ou Responsables de nos prestigieuses institutions républicaines qui convoquent et président. Aucun Responsable Politique, (Coordonnateurs Régionaux récemment nommés, Président de section ou de sous-section) n’a le privilège de  l’initiative ou de l’animation. Ce sont des personnalités usant et abusant de leurs titres et attributs publics, qui mobilisent ce qu’ils appellent « Elites et Forces Vives » pour des appels hypocrites à la candidature du Président.

Au commencement, c’est à Monsieur NIAT que les Sénateurs de la Région du Centre ont remis leur appel pour transmission au Président de la République, Pr�sident National du RDPC. Mais d’où vient-il que pour faire sa part d’appel lui-même, ce Même NIAT laisse le Président à Yaoundé pour aller lancer  l’appel plutôt à Bafoussam ?
A quel moment le RDPC s’est –il réuni en tant que Parti, pour prendre la résolution de demander à son Pr�sident National, par ailleurs Candidat Naturel de ce Parti aux élections présidentielles selon les statuts, à se représenter et à anticiper les élections ?

Il se trouve que le Président Biya en se faisant craindre plutôt que de se faire respecter par ses collaborateurs, a  fini par construire au tour de lui, un véritable cercle d’hommes et femmes hypocrites qui agissent par crainte de soupçon d’infidélité ou de velléité   dauphinoise, que par raison et sincérité. Chacun a peur qu’en restant hors du chant entonné en faveur du Prince, il finisse par être soupçonné et donc par perdre la confiance du « Créateur » puisque tous, ne se reconnaissent que comme des « créatures » du grand Maître.

Cependant, ils ignorent une chose que tout bon Bantou ne devait ignorer normalement à savoir que ce n’est pas sur un toit ou dans un marché que les enfants vont se placer pour faire des suggestions au Père. Lorsque vous le faites et qu’il finisse par aller dans le sens que vous avez voulu, alors il montre aux yeux du monde qu’il est un Père manipulable par les enfants et donc qui manque de personnalité. Enfin, dans une démocratie, on ne s’agite pas pour des appels à candidature mais on se mobilise pour soutenir une candidature qui s’est librement exprimée lorsqu’on la trouve pertinente. Il faut que le Candidat  prenne d’abord sans influence aucune et en son âme et conscience, la décision en fonction de ses propres ambitions et de ses capacités par rapport aux défis à relever au sein de la nation.

Ce qui se passe au Cameroun en ce moment, ne trouve de précédent nulle part dans le monde. Dans un contexte de pauvreté, où les citoyens meurent chaque jour faute de soins ; où des enfants abandonnent l’école faute de moyens pour les parents d’assurer leur scolarité ;  où des citoyens dorment à la belle étoile faute d’abri, on est en train de dépenser des milliards dans les fonds publics, de déserter les bureaux publics en longueur des journées, pour animer les meetings, les marches et les danses, au motif d’appeler un Président au Pouvoir, Pr�sident National de son parti politique, à anticiper les élections et à se porter Candidat à sa propre succession après 34 ans de magistrature suprême, 7 ans de primature etc…

Vivement qu’on se ressaisisse.  

Adamou YOUMO KOUPIT
Membre du Bureau Politique de l’UDC
Secrétaire National à l’Economie et au Développement Durable
au Bureau Exécutif National de l’UDC
Yaoundé

© UDC : Adamou YOUMO KOUPIT

 

 
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