AFRIQUE. Cameroun: M. le(s) président(s), «tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute»

Appels à candidature»,  le socle du clientélisme politique.

La  pratique de l’appel à candidature pompeusement baptisée ici ou là  «Appel du peuple» qui n’était jusqu’ici qu’un phénomène marginal, tend plus que jamais à se généraliser en Afrique sub-Saharienne.  D’un côté, lorsqu’il ne sert pas de prétexte pour changer les règles du jeu, il nourrit  l’irrésistible ego de ces princes présidents, de leurs entourages qui se croient alors aimés et désirés. De l’autre,  il sert l’ambition des uns qui sont déjà dans les bonnes grâces du prince président et des autres qui n’ont qu’un souhait,  y faire leur entrée.

Le simili suspens qui en découle n’amuse que ceux qui veulent bien se prêter au jeu. Pour tout observateur sérieux et averti, ce qui se joue là, est une mauvaise pièce de théâtre.

La seule question qu’il est utile de se poser alors est la suivante, est-ce bien raisonnable de se laisser flatter et de s’éterniser au pouvoir au risque de plonger tout un pays, un peuple, dans une crise ?  

Non !

M le(s) président(s) , ceux-là qui vous tressent des lauriers aujourd’hui seront ceux qui vous honniront demain. Mes beaux princes, souvenez-vous toujours que «Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute», cet enseignement tiré de la fable  le Corbeau et le Renard de Jean de Lafontaine est  plus que jamais d’actualité.  

L’appel à candidature, le cas du Cameroun.      

Depuis bientôt quatre mois, les observateurs de la scène politique camerounaise assistent à un remake de «l’appel du peuple» de 2009. Les voix de quelques représentants de la société civile, s’additionnent à celles de personnalités parmi les plus autorisées du pays,  pour réclamer du prince président en poste, qu’il se porte non seulement candidat aux élections présidentielles de 2018, mais aussi qu’il organise une élection présidentielle anticipée.

Nous nous contenterons de n’aborder ici que la question de la candidature, laissant de côté celle de l’élection présidentielle anticipée.

Le péché originel, le détournement permanent de l’esprit et de la lettre de L’art. 2 de la constitution.

Cet article dispose en effet que «La souveraineté nationale appartient au peuple camerounais qui l’exerce soit par l’intermédiaire du Président de la République et des membres du Parlement, soit par voie de référendum. Aucune fraction du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice.  Les autorités chargés de diriger l’État tiennent leurs pouvoirs du peuple par voie d’élections au suffrage universel direct ou indirect, sauf dispositions contraires de la présente Constitution.  Le vote est égal et secret ; y participent tous les citoyens âgés d’au moins vingt (20) ans»

Cette disposition que  l’on retrouve dans des termes à peu près similaires dans  la majorité des constitutions d’Afrique sub-saharienne énonce clairement, qu’excepté le Président de la République, les autres autorités chargées de diriger l’État, doivent elles aussi tirer leur légitimité du peuple souverain.

Dans la pratique, l’ensemble des membres du gouvernement, et ce depuis des décennies ne tire sa légitimité que du décret présidentiel qui les nomme.  Ce dévoiement des textes enferme les personnalités nommées par le prince président dans la croyance erronée  qu’elles sont des représentants du peuple. Il enferme aussi le peuple dans la croyance que ces personnalités sont leurs représentants auprès du prince président. Ce pacte de dupes se scelle lors des multiples fêtes offertes au peuple à l’occasion de l’accession d’un fils ou une fille du village, de la région à de hautes fonctions.  

Qu’il a bon dos, ce peuple dont on se rapproche au moment de bâtir des stratégies personnelles et dont on s’écarte aussitôt l’objectif atteint !

Qu’il a bon dos ce peuple au nom de qui  toutes les forfaitures et impostures sont permises !

Soyons clairs,  nous ne contestons à personne le droit d’appeler à la candidature de l’actuel  prince président.  Nous contestons en revanche le droit de le faire au nom du peuple.

L’appel à candidature, entre forfaiture et imposture  

Si pour certains, le prétexte du contexte économique ou sécuritaire justifie la démarche, pour la grande majorité d’entre eux, il s’agit de rappeler au président au cas où il l’aurait oublié, la haute confiance qu’il devra placer le moment venu dans les fils et filles de la région d’origine des signataires.  Et selon la formule consacrée lui rappeler, je cite les « efforts constants déployés depuis son accession à la magistrature suprême, pour promouvoir la paix, la démocratie et la justice sociale au Cameroun, et singulièrement pour sa sollicitude et la haute confiance».

Qu’ils l’aient nommé «Appel du peuple» en 2009 et «Appel à candidature» aujourd’hui,  les objectifs des auteur(e)s restent les mêmes.

  1. Prendre le prétexte d’une fonction ministérielle pour «au nom du peuple» faire parler de soi-même.
  2. S’attirer l’attention et les bonnes grâces de l’ex-futur prince président. Les camerounais ne disent-ils pas eux-mêmes on ne sait jamais !   

En s’exprimant sans mandat «au nom du peuple» à travers leurs motions dithyrambiques et autres déclarations pompeuses, les ministres et autres élites, projetés au-devant de la scène par le bénéfice d’un décret se rendent coupable de forfaiture et de violation de la l’art.2 de la constitution.

Lorsque des personnalités brillantes et intelligentes au demeurant,  parfaitement conscientes de ce détournement de l’esprit des textes fondamentaux essayent d’en tirer profit abusivement, elles se rendent à leur tour coupable de flagornerie et d’imposture.

Ces deux attitudes ne constituent pas  autre chose que du clientélisme politique.  

Le clientélisme politique autre forme de corruption

Ces nombreuses forfaitures et impostures qui tendent à ancrer fermement la pratique du clientélisme politique en Afrique sub-saharienne participent à ce que Jean-François Médard (dans la postface de l’ouvrage intitulé Le Clientélisme politique dans les sociétés contemporaines de Jean-Louis Briquet et Frédéric Sawicki ) qualifie de «forme parmi d’autres de corruption dont la particularité est d’être davantage fondée sur un « échange social » que sur un échange strictement économique».

Le Cameroun n’échappe pas à la règle, ces nombreux appels viennent amplifier un phénomène déjà omniprésent qui paralyse le dynamisme démocratique. En effet, ces fossoyeurs de la démocratie qui parlent «au nom du peuple» veulent que le prince président entende ce double message  

  1. «Le peuple» est prêt à te plébisciter dès demain ce qui justifie une élection anticipée.  
  2. Nous sommes las d’attendre  notre «retour social» et nos récompenses. En langage simple, nos décrets sont, eux aussi attendus de façon anticipée.  

En conclusion nous allons nous permettre, avec l’autorisation du peuple de  parler en son nom  pour vous demander  de continuer à nous prendre pour des cons tout en gardant à l’esprit cette phrase de François Cavanna «Les cons gagnent toujours, ils sont trop..»

Le peuple gagne toujours !    

MamAfrika TV | Par EM
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