Les Camerounais face à de graves pénuries d'eau

Il n'est pas rare de voir les populations des grandes métropoles camerounaises courir ça et là avec des bidons ou des bassines sur la tête ou encore de longues files d'attente aux coins d'eau ou de sources. Cela signifie que dans ces zones urbaines voire rurales, des Cameounais pâtissent des coupures régulières et prolongées d'eau

Il n'est pas rare de voir les populations des grandes métropoles camerounaises courir ça et là avec des bidons ou des bassines sur la tête ou encore de longues files d'attente aux coins d'eau ou de sources. Cela signifie que dans ces zones urbaines voire rurales, des Cameounais pâtissent des coupures régulières et prolongées d'eau.

Ils sont obligés de se procurer des moyens d'approvisionnement de fortune pour se ravitailler en eau, quitte à utiliser parfois de l'eau souillée et dangereuse pour la santé. « Avec mon véhicule et mes bidons, je m'approvisionne deux à trois fois par semaine à la borne fontaine. Cela devient intenable, surtout pour un ménage de plusieurs personnes comme le mien,» raconte Rémy Zoua Oloa, professeur de lycée habitant de Bastos, un quartier résidentiel de Yaoundé. Pour d'autres comme, Cyrille Beyene, les nuits sont des moments de veille interminable dans l'attente du précieux liquide. « Mes enfants et moi restons éveillés jusqu'à 3 et 4 h du matin pour attendre que l'eau revienne. Ici à Okui, l'eau est coupée en journée et ne revient que tard dans la nuit. »

La solution

Sur la question, le directeur général de la Cameroon water utilities corporation, Camwater, qui présidait l'ouverture de la session annuelle du comité de suivi des contrats d'affermage et de concession dans le secteur de l'eau en milieu urbain et périurbain, a assuré que « les quantités d'eau produites n'ont pas diminué. L'eau potable produite a augmenté cette année avec l'apport de l'usine sur la Mefou à Nkolbison. Et elle devrait encore augmenter d'ici la fin du mois de janvier 2016, grâce à la mise en fonction de la nouvelle station à Akomnyada, que la Camwater a financé sur fonds propres. »

Pour Jean William Sollo, la pénurie est due à la chaleur et à la poussière. Pendant cette période, l'usage de l'eau surcroît alors que la production est statique. Dans le même temps, il a été observé que les ressources alternatives que certains ménages utilisent habituellement, notamment des puits et autres forages s'assèchent du fait de la rudesse du climat. Conséquence, ces ménages se rabattent sur l'eau produite par Camwater.

Des explications loin d'étancher la soif et l'indignation des populations qui, comme à l'accoutumée, reçoivent leurs factures de consommation d'eau. « Comment peut-on nous servir des factures alors que nous n'avons plus d'eau depuis plusieurs semaines ! », s'indigne PaulineT., du quartier Anguissa.

Pour Brahim Ramdane directeur général de la Camerounaise des Eaux, CDE, il est primordial de revenir à la méthode de rationnement en eau. « Nous avons déjà préparé un planning qui sera finalisé dans les prochains jours et qui sera publié par les canaux de la presse pour information des ménages, ». Le DG a assuré que le rationnement sera effectif dans les villes de Yaoundé et de Douala, ensuite dans les chefs-lieux de département, puis dans tous les arrondissements. Pour la satisfaction des ménages rien n'est certain au vu des conséquences que cette pratique pourrait avoir.

Beaucoup de milliards et très peu d'eau

La Camwater en charge de la gestion des infrastructures de production d'eau potable au Cameroun, a élaboré un programme d'investissement en 2008. Ce programme a pour objectif de porter le taux de desserte de 33% en 2008, à 50% à l'horizon 2015 et 60% à l'horizon 2035 à travers la réhabilitation et le renforcement des équipements de production d'eau potable et la construction de nouvelles infrastructures. Il s'agit aussi de connecter 350 000 abonnés supplémentaires à la Camerounaise des Eaux (CDE), société chargée de la production, la distribution et la commercialisation de l'eau. Evalué à 400 milliards de F CFA, ce programme est financé par les prêts et les dons accordés par les bailleurs de fonds et les partenaires au développement, ainsi que par les subventions de l'Etat.

A ce jour, plus de 300 milliards de F CFA ont déjà été mobilisés auprès des partenaires tels que la Banque mondiale, l'Agence française de Développement, la Banque Européenne d'Investissement, la Banque Africaine de développement, Eximbank of China, et Dexia Bank de Belgique.

Ainsi, Camwater s'emploie depuis 2009 à augmenter la capacité de production dans les 106 centres de traitement et de pompage d'eau que gère la CDE à travers le pays. La construction de l'usine d'Ayatto, non loin de Douala, livrée en 2010 pour une production supplémentaire de 100 000 m3, en plus des 200 000 m3 produits chaque jour ; la réhabilitation de l'usine de la Mefou ou la densification de celle d'Akomnyada, ainsi que 52 centres urbains dans les 10 régions du pays s'inscrivent dans ce cadre.

Mais le ministre de l'Eau et de l'Energie, Basile Atangana Kouna, précise que « seul l'aboutissement du projet Sanaga viendra durablement, voire définitivement résoudre le problème d'eau de Yaoundé et ses environs. » D'un coût de près de 400 milliards de F CFA, le projet vise la production d'eau potable à partir du fleuve Sanaga. Une convention de financement a eu lieu le 29 janvier 2015 entre le Cameroun et Eximbank-China. Le projet devrait se dérouler sur trois ans. A terme, Yaoundé et ses environs espèrent une autonomie en eau potable d'au moins 30 ans.

Gaspillage à grands flots

Dans plus d'un quartier de Yaoundé, des tuyaux cassés depuis de longs mois laissent couler en continu le précieux liquide dans la nature. Alors que plusieurs ménages en sont privés. Les habitants du quartier Melen, au lieu dit Snec-Emia, ont des problèmes d'eau depuis environ deux mois. Le principal tuyau qui ravitaille les ménages, est cassé à sa base.

Depuis, il coule une grande quantité d'eau sur la chaussée, entraînant avec elle des déchets de toutes sortes : emballages en plastique, cartons et autres déchets ménagers. «Cette eau nous cause trop de problèmes. Non seulement elle gâte la route, mais les habitants, notamment les enfants, les malades et les personnes du 3è âge, ont de la peine à circuler. Même les personnes valides doivent faire de la gymnastique pour traverser. Cela abime également les maisons, » raconte Yannick, étudiant à l'université de Buéa.

Chantal Bonono, chargée de cours à l'université de Yaoundé I, renchérit : « Je n'ai pas trop le choix. Malgré mon mal de pied, je suis obligée de sortir. Je ne peux pas passer mes journées à la maison. C'est depuis le mois de novembre que nous souffrons avec cette eau !».

Un riverain, qui a requis l'anonymat, en porte des séquelles. Le 1er janvier 2016, quand nous l'avons contacté à son domicile, son coude gauche avait encore des blessures non cicatrisées. « Vous n'avez qu'à constater les dégâts. C'est regrettable ! Non seulement c'est le quartier qui est pénalisé, mais la route aussi. Et pas plus tard qu'avant-hier (mercredi 30 décembre 2015, NDLR), je me suis renversé (tomber à terre, NDLR). Regardez mon coude. A force de couler, l'eau laisse une mousse glissante. Je ne suis pas le seul à me renverser là, » confie-t-il.

La grande quantité d'eau qui coule dans la nature n'est pas sans graves répercussions. Les ménages sont privés de l'eau courante à cause de la faible pression dans les robinets. « Par le passé, on se lavait normalement, mais maintient, il faut faire des réserves d'eau, » indique notre source. Le malheur des uns fait le bonheur des ménages démunis. Le point de rupture du tuyau constitue le lieu de ravitaillement pour les habitants du quartier et même d'ailleurs.

De jour comme de nuit, ils sont nombreux à prendre d'assaut ce point d'eau avec des récipients, dans le but de stocker de grandes quantités. Les 24 et 31 décembre derniers, l'affluence était à son comble. Ils étaient encore plus nombreux à vouloir recueillir le précieux liquide. «Nous ne voulons pas qu'on l'arrange rapidement parce que ça nous aide pour les travaux ménagers et pour boire. Le jour de noël, il y avait beaucoup des gens ici pour puiser de l'eau. Nous n'avons plus à faire des kilomètres pour aller chercher l'eau à la source. On peut en puiser ici à toute heure», se réjouit Amira, 11 ans, élève en classe de 5è.

Factures exorbitantes

Les démarches entreprises par les populations pour que la situation soit réglée sont restées vaines. «A trois reprises, je suis allé signaler à la Camwater à Obili. La dernière fois, c'était le 27 décembre, où j'ai même levé le ton. On a délégué une équipe qui est venue avec moi sur place. Ils ont dit qu'ils allaient faire le devis pour le matériel et sont repartis. Mais jusqu'à présent, alors qu'on s'était donné rendez-vous le lendemain, ils ne sont plus revenus.», dénonce notre source.

Melen, quartier populaire de la capitale camerounaise n'est pas le seul quartier où les tuyaux sont cassés et où de grandes quantités d'eau sont perdues dans la nature. Des quartiers comme Biyem Assi et autres connaissent le même sort. Les tuyaux qui desservent ces quartiers ont été installés depuis plusieurs années et n'ont, pour la plupart, pas vraiment étaient entretenus et encore moins remplacés par du neuf.

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