Le système politique des présidents rois et leur droit de désignation du successeur

Paul Biya n'a pas inventé le système politique camerounais. Il est comme son prédécesseur Ahmadou Ahidjo, un élu par désignation du système. Il assure par les pouvoirs qui lui sont conférés la continuation du système.

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 Il est plus aisé de s'en prendre aux hommes qu'à un système. Comme il est facile de demander à celui qui commande le système de le changer. On a souvent entendu du haut des tribunes mondiales, les discours d'éducation paternelle faite à l’Afrique par les occidentaux. Votre continent n'a pas besoin d'hommes providentiels mais plutôt d'institutions fortes. Quand on l'a dit qu'est-ce qu'on a apporté à la compréhension du congloméré républico-monarchique qui construit l'essence de la quasi majorité des systèmes de gouvernement dans tout le continent africain ?

L'ère post coloniale et l'avènement des indépendances a précipité le continent vers l'adoption de constitutions républicaines. Au revoir les royaumes et les sultanats africains remisés au rang d’institutions folkloriques inutiles à de jeunes nations naissantes. Parler de Président à l'ère contemporaine impliquait que l'on entrait de plein pied dans l’ère républicaine. Une république, étymologiquement, se définit comme la chose du peuple ou le pouvoir du peuple. Quand le peuple est le maitre du pouvoir politique, il lui revient aussi le droit de choisir ses représentants parce qu'il ne peut l'exercer directement de par sa forte densité. Autrement dit, quand on parle de Président, on fait allusion à une république qui implique élection, l'un des moyens de faire participer les citoyens dans la direction du pays.

Et généralement, quand on parle de Roi ou Reine, il est question de monarchie. Ils sont nombreux les hommes et les femmes qui ont porté ce titre dans le monde, même en occident qui se réjouit d'avoir théorisé le concept de démocratie à tous les peuples du monde. La passation du pouvoir héréditaire entre les rois ou les reines se fait en famille. Beaucoup de pays dans le monde ont connu une monarchie avant de devenir république. Mais nous doutons fort que ces pays passent de république en monarchie. Le statut paradoxal de Président-roi, est un avatar africain incompris et pourtant réel parce que l’on pense qu’on est Président en République et Roi en monarchie; deux régimes politiques différents qui nous dit-on ne doivent pas se superposer et qui pourtant en occident cohabitent et en Afrique se superposent. En Afrique de façon informelle comme le continent le fait dans bien de domaines, on a concilié président et roi pour faire président-roi. Un simple mélange des compétences entre deux statuts différents.

La longévité de la première république d’Ahmadou Ahidjo et le mode de désignation de son successeur a ouvert l’ère de la seconde république de Paul Biya à la longévité record et l’attente de la désignation par décret ou par adoubement d’un successeur non pas au trône mais à la fonction de candidat naturel du parti politique le plus puissant à l’élection présidentielle. Les motions de soutien au candidat naturel qui réclament un prolongement du règne du détenteur du pouvoir, sont aussi des pis-aller pour ceux qui craignent, appréhendent, redoutent le choix discrétionnaire de celui qui a le pouvoir de désigner un successeur qui ne leur conviendrait pas. Des règles juridiques constitutionnelles ont pourtant été élaborées pour faciliter la perpétuation du système. Le Président de la République est élu pour un mandat de sept (7) ans. Il est rééligible. En cas de vacance de la Présidence de la République pour cause de décès, de démission ou d’empêchement définitif constaté par le Conseil Constitutionnel, le scrutin pour l’élection du nouveau Président de la République doit impérativement avoir lieu vingt (20) jours au moins et cent vingt (120) jours au plus après l’ouverture de la vacance.

L’intérim du Président de la République est exercé de plein droit, jusqu’à l’élection du nouveau Président de la République, par le Président du Sénat. Et si ce dernier est, à son tour empêché, par son suppléant suivant l’ordre de préséance du Sénat. Le Président de la République par intérim- le Président du Sénat ou son suppléant- ne peut modifier ni la Constitution, ni la composition du gouvernement. Il ne peut recourir au référendum. Il ne peut être candidat à l’élection organisée pour la Présidence de la République. Toutefois, en cas de nécessité liée à l’organisation de l’élection présidentielle, le Président de la République par intérim peut, après consultation du Conseil Constitutionnel, modifier la composition du gouvernement.

Du fameux droit de désignation de son successeur.

Les Rois et les Reines ont eu toujours le pouvoir ou le privilège de choisir leur successeur et généralement le choix se portait sur leur fils aîné, selon la tradition. Ces cas de figure font référence aux régimes monarchiques et héréditaires où la possibilité d'accession au pouvoir n'existait pratiquement pas sans être membre de la famille royale. Même si l'inverse n'est pas forcément vraie, on peut être membre de la famille royale sans devenir jamais Roi ou Reine. Etre Président-roi serait un statut qui marche avec le droit de vie et de mort sur tous les individus vivant dans le pays. Pratiquement, quand on est responsable devant personne, il est facile de faire ce qu'on veut car aucune barrière n'existe. Tout Président-roi ne va pas avoir de craintes pour personne et n'a non plus de comptes à rendre. Il est maître et seigneur. Il peut faire ce qui lui semble bon à sa propre satisfaction au détriment de tout autre. S'il est responsable, ce n'est que devant lui-même ou devant Dieu s'il croit que son pouvoir est divin ou encore devant la mort.

La vague des modifications constitutionnelles entreprises ici et là en Afrique avec des succès ou des échecs, font partie des stratégies pour perpétuer et conserver le pouvoir. Le contenu réel du modèle démocratique est nié de fait alors que l'on se vante de le promouvoir. La réalité malheureusement perçue de tous est bien que seules les apparences de façade sont montrées. Le rythme lent et souvent inexpliqué de la mise en marche des institutions clé de voûte et piliers du système démocratique ajoute des armes à tous les détracteurs et critiques d'une organisation de la gouvernance de la nation soumise au gré et à la volonté d'un souverain qui a appris à se libérer par sa durée de présence à la tête de l'exécutif des comptes à rendre à ceux qui l'ont élu. Les opposants n'hésitent pas de se saisir de cette attitude pour affirmer que l'on ne peut être indolent quand on doit des comptes à ceux qui vous ont porté au pouvoir.

La démagogie démocratique connaît son pic à chaque saison électorale. Tant pis c'est la communauté internationale qui exige ces grandes messes et bien on les organisera en sachant combien elles sont imparfaites et on se gardera de les rendre plus perfectibles au risque de perdre son avantage. Ce système rodé est devenu un savoir-faire aux mains des administrations territoriales et des institutions créées pour assurer les inscriptions sur les listes électorales et organiser la logistique des élections, sans avoir un pouvoir réglementaire de les contrôler. L'ingénierie politique des élections a été mise en place et fonctionne à l'échelle du territoire en grande ville à la manière d’un supermarché où l'on a une plus grande visibilité d'accès de contrôle et de fréquentation et dans les coins reculés de la république à la manière d’une boutique mal achalandée au service de quelques rares clients de passage. Rien n’est fait pour améliorer l'évolution drastique du statu quo.

Au contraire, il est même développé de véritables stratégies de survie de manière pyramidale à la main de l'administration préfectorale. L’instinct de reproduction est basé sur une seule stratégie, la durée. On le voit et on le vit dans les arènes populaires des grandes campagnes de renouvellement des organes de base des partis politiques siégeant au Parlement. On cherche plus la continuité que le renouvellement. Tous les autres objectifs d'un système politique en marche pour la conquête du pouvoir à savoir les objectifs de développement, l'éducation, la sécurité, le bien-être de la population s'estompent dévoyant le coeur vibrant du Préambule de la loi fondamentale qui est supposée poser le cadre éthique de la conduite et de l'organisation de la vie politique. «Le Peuple camerounais, fier de sa diversité linguistique et culturelle, élément de sa personnalité nationale qu'elle contribue à enrichir, mais profondément conscient de la nécessité impérieuse de parfaire son unité, proclame solennellement qu'il constitue une seule et même Nation, engagée dans le même destin et affirme sa volonté inébranlable de construire la Patrie camerounaise sur la base de l'idéal de fraternité, de justice et de progrès ; Jaloux de l'indépendance de la Patrie camerounaise chèrement acquise et résolu à préserver cette indépendance ………

Résolu à exploiter ses richesses naturelles afin d'assurer le bien-être de tous en relevant le niveau de vie des populations sans aucune discrimination, affirme son droit au développement ainsi que sa volonté de consacrer tous ses efforts pour le réaliser et se déclare prêt à coopérer avec tous les Etats désireux de participer à cette entreprise nationale dans le respect de sa souveraineté et de l'indépendance de l'Etat camerounais.» C’est écrit mais on disserte après à sa convenance. On ne peut durer au pouvoir que si l'on est passé maître en science de l'utilisation de toutes les institutions de la démocratie formelle en les vidant de leur contenu clament les partis d'opposition. La finalité première du pouvoir reste le maintien des régimes en place. La question aujourd’hui à deux ans d'une nouvelle échéance électorale présidentielle est comment et avec quoi se prépare la continuité du régime au pouvoir. On se rend compte que ceux qui critiquent le système sont en fait les meilleurs alliés du système qu’ils vouent aux gémonies. L’opposition n’est-elle pas devenue dans sa longévité dans le sillage du pouvoir une de ses cautions ? Le pouvoir s’appuie et compte sur une classe intellectuelle et son élite politique compatissante, fataliste et démissionnaire, abonnée à ce qui est appelée au « Cameroun la mangeoire républicaine ». Il devient alors aisé de se perpétuer par des élections aux résultats connus d'avance, un système qui va en assurer son perpétuel renouvellement. Les élections dans ces conditions ne sont pas faites pour amener le changement, bien au contraire, les élections sont une occasion pour soutenir le système en place 

© Source : The Spark

 
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